RC 3

Le troisième épisode Rhythm Cycles tombe juste à point pour Noël. Après notre voyage outre-atlantique avec Jonny, nous voilà de retour à Lausanne avec Monoplage & Eco qui nous livrent une sélection pointue faite pour ceux qui n’ont pas envie de s’arrêter de danser durant les fêtes. Repas de famille interminable, une envie soudaine de se dégourdir les jambes ? Put it louder baby !

RC Podcast 3 — Monoplage & Eco — 20.12.10 by Rhythm Cycles

Rhythm Cycles (RC): Tout d’abord, une question pour David (aka Monoplage). Tu fais (faisais?) partie du crew Digital Natives qui pendant des années a dicté le trend des nuits lausannoises en important des talents du calibre de Etienne de Crecy, Dusty Kid et bien d’autres encore. Vous avez également lancé les Fluokids en suisse romande. Pourrais-tu nous donner ton bilan de ces dernières années et nous révéler (par la même occasion) quelques anecdotes ?

Monoplage: A l’origine, Digital Natives (www.myspace.com/thedigitalnatives) était effectivement un crew focalisé sur l’organisation de soirées, surfant sur la base du 2.0 – tant au niveau de la programmation que des modes de communication. Nous avons ainsi eu l’opportunité d’inviter des artistes influents sur le web, comme Nudisco, Casper C, Dusty Kid, Mock & Toof ou Burnski – qui tournent beaucoup aujourd’hui. ‘Dicté le trend’ est un grand mot… ce fut plutôt un plaisir d’inviter ces artistes dans une période plus ‘confidentielle’ de leur carrière. Et aussi d’expérimenter un mode de fonctionnement 2.0 qui s’est considérablement démocratisé depuis, avec l’avènement des réseaux sociaux.

La partie DJ de Digital Natives est un peu arrivée par hasard, dans une logique de hosting de soirée, pour évoluer vers un concept autoporté – incluant des effets korg et des scratches hip-hop dans nos sets. J’ai ainsi appris sur le tas ; les trois autres avaient tous un background de producteurs ou de DJs – alors que j’étais juste un geek digger. Pour l’anecdote, ils m’ont souvent chambré sur mon inexpérience, en me disant que j’étais un peu la cinquième roue du carosse ou le porteur de valises: de véritables crevures (rires)! Du coup, cela m’a motivé à acheter des platines. Progressivement, nous avons affiné le concept de DJ-set ‘jam session à huit mains’ et avons eu la chance de jouer dans des festivals comme le Montreux Jazz, le Chant du Gros (le Noirmont), le Paléo (Nyon) ou la Bâtie (Genève). Cette partie DJ fut une superbe occasion d’exporter l’univers des soirées Digital Natives et, surtout, de découvrir de nouvelles pistes, de ne pas nous enfermer dans une conception figée de la musique électronique.

Aujourd’hui, nous poursuivons cette logique de DJ crew – en faisant des sets communs et des escapades en solo, qui nous permettent à chacun de développer d’autres choses. Dans cette perspective, j’ai souvent joué avec Eco, car nous partageons cet amour pour des sonorités très deep & raw – alors que Digital Natives reste axée sur une dimension plus ludique, tendance indie-dance et disco-cuts.

RC: Passons maintenant à toi Alex (aka Eco). Disons le d’entrée, tu possèdes une particularité assez rare de nos jours ! En effet, une des raisons qui poussent au respect quand on parle de toi, c’est le fait que tu mixes uniquement en vinyle. Pas de Serato, pas de Traktor Scratch, pas de Cd’s et surtout, pas de MP3. Pourrais-tu nous parler du rapport que tu as avec ce support ? Y-a-t’il une pièce de ta collection qui t’es particulièrement chère ? As-tu déjà pensé à l’idée de mixer avec autre chose que du vinyle ?

Eco: Je pense que j’éprouve du plaisir à mixer avec des vinyles, Il s’agit du support au travers duquel j’ai découvert la musique et avec lequel j’ai commencé plus tard à mixer. Bien qu’il soit considéré comme cher et contraignant, je trouve au contraire qu’il a d’autres avantages qui les compensent largement, dont la simplicité et la stabilité par exemple. Pas de disque à citer en particulier, j’aime bien retrouver des éditions ‘d’époque’ de classiques en vinyle au travers de Discogs ou ebay. Récemment j’ai trouvé St Glin-Glin EP et Escalope De Dingue EP de Trankilou (Ark et Pepe Bradock), One More Time de Blake Baxter ainsi que Deep Inside de Hardrive. Il ne s’agit pas d’une doctrine, je me vois très bien mixer avec un autre support, mais tant que je trouverai la musique qui me plaît en vinyle, je continuerai ainsi.

RC: ‘Eco & Monoplage’, on lit ce line up sur beaucoup de flyers dans l’arc lémanique depuis quelques temps à présent. Comment est née cette collaboration ? Est-ce uniquement une association de deux DJs ou souhaiteriez vous que cela débouche également sur de la production ? En gros, pensez-vous bosser sur des morceaux ensemble ?

Eco: Cette collaboration est née assez naturellement, Monoplage m’a invité à jouer avec lui et nous avons ensuite continué à mixer régulièrement ensemble, au travers de nos résidences respectives notamment. Nous avons à la fois une similarité au niveau de nos goûts et une complémentarité en ce qui concerne les morceaux que l’on passe. Je pense que nous n’avons pas à nous adapter lorsque nous jouons ensemble. Pour ma part, la production n’est pas encore à l’ordre du jour mais il est clair que ça me plairait.

Monoplage: Comme l’a dit Alex, tout s’est fait très naturellement. Si nous faisons de la production un jour, cela viendra également de manière naturelle. Donc nous laissons faire les choses, en profitant pour le moment du plaisir que nous avons à mixer ensemble.

RC: Vous êtes connus des experts locaux pour être de fins ‘diggers’. Selon vous, que nous réserve 2011 ? Y aurait-il un jeune producteur / DJ à suivre de près ? Même question au niveaux des labels, quels sont vos chouchous ? Quels sont également vos potentiels ‘outsiders’, ces écuries qui pourraient venir semer la pagaille au sein de l’ordre actuel ?

Monoplage: Concernant les labels, je suis toujours de très près les sorties de Compost, W+L Black, Delusions Of Grandeur, Endless Flight et Crosstown Rebels. Cette année, j’ai été impressionné par le travail de 6th Borough Project – notamment avec leur Do It To The Max. Le grand retour de Four Tet m’a fait super plaisir – entre son album There Is Love In You, l’incroyable Nothing To See sur la compilation Future Bass et son remix de African Drug pour Bob Horloyd. Pour 2011, je vous conseille de suivre le travail du jeune producteur Guillaume P., notamment via son soundcloud. J’attends beaucoup de Franc Splangler, qui a signé un des plus beaux maxi house de 2010 (Forever And A Day). Je crois que Metro Area prépare aussi son come-back – actuellement très bien teasé par Storm Queen, le side-project de Morgan Geist. Raoul Records – le label de Gregorythme (Digitaline) – pourrait bien venir semer la pagaille dans le monde de la techno. Et j’imagnie que le succès de Kink & Neville Watson devrait se confirmer.

Eco: Sans avoir la prétention de prédire la révélation 2011 (ce qui serait de toute façon un choix très subjectif), il y a en ce moment 2 producteurs que je découvre et affectionne, il s’agit de Lone et Chicago skyway. Lone vient de sortir un mini album sous son label Magic Wire : Emerald Fantasy, qu’il me tarde de recevoir. Chicago Skyway a, quant à lui, quelques sorties très intéressantes en 2010 sous le label Uzuri et un EP sorti en 2009 : Bell, sous le label Eargasmic, que j’écoute en boucle en ce moment. J’aimerais aussi mentionner Hunee et notamment le titre Took My Love sorti chez Drumpoet Community. Du côté des valeurs devenues sûres, il y a bien entendu le trio Kink, Neville Watson et Snuff Krew sous les labels Our House is your Rush et Snuff Trax, les Mountain People et le label qui me surprend toujours quant à la constante qualité de ses productions, We Play House. En ce qui concerne les ‘classiques’, je reviste volontier en ce moment le catalogue de Jovonn et Blake Baxter (merci Discogs). Je suis aussi de près toute les sorties de Rio Padice (notamment sous le label de Djulz, Bass Culture). Si l’on parle de sonorités un peu plus techno, j’aime bien les productions de Redshape (sous Delsin et Present), Pirahnahead (Third Ear) et Oracy…

RC: Vu que l’année se termine dans quelques jours, on reste dans le thème « que va-t-il se passer en 2011″? Etes-vous déjà entrain de penser à de nouvelles idées de soirées (Eco, vas-tu continuer We Play House, ta résidence au Loft Café à Lausanne) ? Et si oui, à quel endroit ? Pensez-vous vous associer ? Faire plutôt ça chacun de son côté ? Re-bosser avec des membres des DN (pour David) ?

Eco: En ce qui concerne les soirées We Play House, il est clair que j’ai envie que ce concept perdure mais je n’ai pas encore vraiment réfléchi sous quelle forme, je laisse venir… J’ai aussi ma résidence à la Ruche : Voisinage, tous les derniers jeudis du mois, dans le cadre de laquelle j’invite surtout des artistes du cru, notamment Monoplage… En 2011, j’aimerais enregistrer plus de sets et je pense qu l’on pourra encore souvent nous entendre jouer ensemble avec Monoplage.

Monoplage: Je pense plutôt me concentrer sur l’enregistrement de podcasts (un podcast electronica pour Fluokids est d’ailleurs en cours) et mon activité de DJ – même si j’ai quelques idées de soirées qui ne seront pas récurrentes. J’espère aussi pouvoir jouer beaucoup avec Eco ; nous allons d’ailleurs envoyer quelques démos à cet effet. Je ne prévois pas de résidence avec les DN – nous venons de stopper le concept DN & Friends au Loft Café de Lausanne, pour nous concentrer sur les DJ sets. J’ai aussi envie de travailler sur une mise en situation différente de la musique électronique, dans une perspective identitaire. A ce propos, je vais développer un projet web éditorial.

RC: Dernière question, comment c’est passé l’enregistrement de ce mix ? Y a-t-il eu une longue réflexion autour de la sélection ou s’agit-il plus de quelque chose de spontané ?

Que de réflexion commune autour de cette sélection ! Nous avons dû en fait écouter quelques disques pendant une quinzaine de minute avant de se mettre d’accord sur une intro et de commencer concrètement à mixer. Nous avions préparé une sélection assez large, chacun de notre côté, le mix s’est ainsi construit de manière plutôt spontanée en se répondant musicalement. Cette façon de faire est en définitive assez représentative de notre collaboration. Nous pensions d’ailleurs que ce set allait constituer un base sur laquelle nous allions retravailler avant de se revoir pour un nouvel enregistrement. En le ré-écoutant, nous avons trouvé le résultat satisfaisant et étions content son caractère spontané.

RC: Question ‘Mega Classic Bonus’. Oh noooon ! Vous voilà coincés sur une île déserte avec un soundsytem, une platine et une table de mix. Vous ne pouvez, malheureusement, emporter qu’un seul disque chacun. Lequel choisiriez-vous ?

Monoplage: Chill Out de KLF ou Apollo: Atmospheres and Soundtrack de Brian Eno. Tu ne peux pas me demander de trancher entre ces deux disques… j’en suis incapable.

Eco: Je suis incapable de répondre à une telle question, c’est pourquoi je dirais une compilation avec un peu de Tribe Called Quest ou du Hieroglyphics, du Steve Miller Band, du Grauzone et du Joy Division, sans oublier un soupçon de Rick James. On y trouverait aussi quelques classiques house et techno: du Jovonn, du Kerri Chandler et du Steve Pointdexler ou Plastikman par exemple ainsi qu’un peu de minimal à la Freude am Tanzen…

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