RC 7

Avec ce septième opus, Rhythm Cycles descend les bpm et devient Riddim Cycles. Cultural Warriors nous offre une leçon de bass-culture en traversant 40 ans de musique reggae. Actifs depuis des années à Genève et précurseurs, en invitant des légendes du dub londonien à venir jouer en Suisse, ils se sont bâtis une solide réputation internationale. Pour ceux qui veulent savoir comment tout a commencé, Run This Selecta !

RC Podcast 7 — Cultural Warriors — 06.03.11 by Rhythm Cycles

Premièrement, intéressons-nous au podcast que vous avez réalisé. Vous débutez par du reggae issu des 70′s et finissez par du digital actuel. Quelle était votre intention dans ce mix, comment l’avez vous construit ? Quelles sont les morceaux phares qui rythment cette sélection ?

C’est un peu à l’image de nos soirées, je commence toujours par du vintage-revival. C’est important d’informer les gens qui s’intéressent au real roots-reggae, qui est trop méconnu par rapport à l’impact de Bob Marley. Il y a énormément d’artistes qui ont proliféré en Jamaïque dans les 70′s, des morceaux cruciaux qui à l’époque sont sortis à 300, 500 exemplaires donc 40 ans plus tard leurs rareté les rendent quasi inconnus. So, c’est une mission, pour moi aussi, de partager cette passion de collectionneur.

En début de soirée, je trouve important de faire un bon warm-up, se mettre dans le bain tranquillement mais surement et au fur et à mesure que la salle se remplit, d’évoluer vers quelque chose de plus moderne. Commencer une soirée avec du boom-boom digital dés le début c’est too much pour mes oreilles. En quelques mots, je commence avec un Dennis Brown Bloody City, artiste énormément connu du reggae, que Bob Marley lui-même avait nommé Prince of Reggae Music et qui a réalisé plus de 70 albums dont un nombre incomparable de hits. Il nous a malheureusement quittés il y a déjà 12 ans, c’est un de mes chanteurs préférés (top 3). Il y a aussi le morceau de Gregory Isaac Tribute To Wade et Augustus Pablo bien sûr. En new-roots il y a un remix de mon premier 10″ en exclu Sandeno & Murran Man sur le Holy Bible Riddim, le Garnet Silk Complain de Digital B, que Jah Shaka joue à chaque soirée. En 2011, c’est  les dix ans de mon label, dans le UK digital style j’ai décidé de produire plus de 7″, donc je m’associe avec d’autres dub makers de cette nouvelle génération dub tel que Jacin, Ackboo, Haspar et Natural Stepper qui produisent des tuff tracks, à venir sur Cultural Warriors Music. Et bien sur Artikal, un producteur techno genevois qui me fait des dub tracks exclusives.

Cultural Warriors s’est formé en 98, ça fait maintenant plus de 10 ans. On peut souligner une résidence à l’Usine, et une à la Halle W (Weetamix). Quelle regard portez-vous sur ces années passées à promouvoir cette scène à Genève? Vos meilleurs souvenirs ?

Tout a commencé au goulet, dès 1994 après la venue de RDK HIFI (une sound system de Brixton) qui s’était arrêté à Genève avec sa propre sono, un truc inédit, fou ! Dés lors, Serge aka Ikwa a commencé a construire des caissons basse identiques à ce fameux sound-system anglais qui avait déchiré l’Ilot 13 et le Goulet 25. De mon coté, je transitais par Londres et dévalisais les magasins de disques et trouvais également les endroits ou ils construisaient ces fameux pré-amplis, effets de sirène etc… Je pourrais aussi citer nombres de sound-clashs inédits qu’on a eu avec Dubsoljah au Goulet 21. Bref, cette époque est largement  la plus remplie de bonnes vibres, de découvertes et d’aventures.

Ensuite, en effet, il y a eu notre résidence au Zoo qui s’appelait le Debido, à l’époque, et qui n’avait pas encore de sono. C’était un grand bar sans réelle programmation musicale donc je leur ai proposé de venir une fois par mois avec ma sono et de tout faire péter, dubstyle à fond. C’était plein d’amateurs qui venaient déjà au Goulet et qui connaissaient le style dub. Mais pour beaucoup c’était nouveau, une nouvelle aventure musicale: sound-system, bass & effects, c’était assez fou.

A cette même époque, j’ai commencé à booker un chanteur, un MC ou une sound-system de Londres pour chacune de nos soirées, afin de vraiment montrer au gens comment ça se passe là-bas. Car ici, il n’y en avait pas, mis-à-part les nôtres. Je me devais donc de montrer au massiv da real thing ! Big time, chaque mois ou deux. Du coup, j’avais la possibilité de faire venir un artiste 2, 3 jours dans mon studio et de faire une mash-up session, rien de mieux. J’ai commencé le label à cette époque, en 2001. Je pense que c’était vraiment avant-gardiste, car pour quasi la plus part de ces chanteurs ou sounds anglais, c’était leur première date en Europe. Je pourrais citer parmi eux Disciples, I&I Oneness, Lionroots, Roots Ting, Murray Man, Tenna Star, Earl Sixteen, Anthony Johnson, Sandeeno ou encore Collie Weed. Puis la Halle W (Weetamix), dans laquelle j’avais déjà fait des soirées en 98-99 avec Aba Shanti et Channel One puis Jah Woosh et Rod Taylor, était également crazy. Ce qui me plaisait là-bas, c’était justement d’amener le reggae en club, et plus seulement dans unévol milieu vraiment alterno, squats et autres. Par la suite, d’excellents souvenir aussi lors des déplacements de notre sound, à Lyon notamment, avec Jah Shaka, c’était les good old days.

Maintenant, c’est, on va dire, plus professionnel. Je m’occupe de la programmation reggae à la Halle W, deux à trois soirées par mois, c’est du boulot. Je ne me suis pas concentré uniquement sur Cultural Warriors, mais sur tout le spectre reggae. Du ragga-dancehall au roots and dub. C’est très varié et cela me permet de faire plein de rencontres, fier d’être toujours impliqué et surtout de pouvoir vivre de ma passion.
Le Dubclub a lieu tous les 2 mois, avec Cultural Warriors Sound System qui a été refait à neuf depuis ce début d’année. Parallèlement à tout ça, je continue d’être booké en moyenne une fois par mois à l’étranger.

Alors que le débat fait rage sur la mort de la vie nocturne genevoise, cela touche-t-il également le milieu reggae, quelle est votre sentiment à ce sujet ?

En effet, beaucoup de gens se plaignent de la vie nocturne genevoise actuelle. Me concernant, well… A 37 ans, je sors beaucoup moins qu’avant, pour ainsi dire quasi plus. J’ai déjà deux, trois soirées à gérer dans mon club et un déplacement à l’étranger par mois, donc en général, le week-end de libre, je l’accorde a ma famille. Ceci dit, j’ai vraiment l’impression que ce manque, soit-disant, de lieu ou de structure n’affecte pas tant que ça la scène reggae qui de part sa jeunesse, peut-être, a toujours été démerde et prête à jouer un peu partout. Nous qui, il y a 15 ans, avons construit le premier vrai sound-system de Suisse, remarquons, actuellement, que l’exemple a été suivi à Genève. Je compte plus de 8 crews qui possèdent leur propre système son et jouent ainsi dans des endroits ou il n’y a pas de soirée habituellement.
De plus, la Halle W étant en dehors du centre ville, je me suis aussi aperçu que les genevois n’étaient pas faciles à faire bouger contrairement à nos amis savoyard, vaudois ou encore valaisans qui eux viennent à Genève le week-end.

Parlons production, vos premiers efforts datent de 2000. La liste de chanteurs avec lesquelles vous avez collaboré est longue, on peut citer de grands noms du reggae tel que Peter Roots, Rod Taylor ou encore Earl Sixteen. Aujourd’hui, alors que les influences reggae se sont propagées dans énormément de style musicaux, votre approche de la production a-t-elle évolué ?

Depuis 10 ans, l’industrie de la musique a vraiment changé. Ce n’est plus aussi facile de vendre 1000 exemplaires d’un 45 tours comparé à mes débuts. Mais la diffusion, grâce à l’internet, a énormément évolué. C’est un travail différent et il faut s’adapter. La technologie a également changé, ma vieille table de mix aurait déjà du prendre sa retraite il y a longtemps. Je modifie beaucoup ma façon de bosser en studio ces temps, j’essaye de comprendre comment marchent tous ces plug-ins et ces automations. C’est une évolution extraordinaire mais je continue à mélanger les technologies modernes avec de l’acoustique et du live bien sûr. Pour conclure, il me paraît très difficile de faire un label reggae qui marche économiquement mais je garde mon ambition et ma détermination, surtout que des dizaines de voicing attendent d’être mixés et de sortir. En tant que selecta, j’utilise Traktor et non mes vinyles, j’utilise même mon Ipod comme sirène box (rires). C’est tellement plus pratique et économique, plus besoin de graver des CD’s, d’acétate… Une vrai révolution !

Quelles sont les futurs projets de Cultural Warriors ?

Je promets plein de fresh dans les bacs en 7″, 10″, CD et download. Egalement des remixes réalisés par différent dubmakers tels que Natural Sepper, Jacin, Vibronics. J’ai aussi un 10″ à venir d’ici peu, un projet que je fais avec TH3 Growing Project (une marque d’habits), l’idée est de mélanger le dub et le rap, Krs-One & Cultural Warriors on bosse à fond sur ce projet, les mixes sont quasi terminés et le clip en cours. Ce sera pour ce printemps. L’année dernière, j’ai sorti Classic Reggae Recut, une compilation CD de huit anthems du reggae que j’ai re-cuté et re-voicé avec des artistes tels que Eek-A-Mouse, Mikal Rose, Ras Michael, Johny Clarke, Earl Zero, Cornel Campbell, Rico Rodriguez et Leroy Smart. Le tout a été mixé par Gussie P, Russ D, Vibronics et moi-même. Je suis assez fier de cet album qui a eu que de bons feed-back. So, j’en remets une couche et bosse sur le Part 2 qui sera disponible fin 2011. Ce sera la suite logique, anthems classic-reggae, tune des 70′s remisent à la sauce Cultural Warriors, featuring Mighty Diamonds, Johny Clarke, Steel Pulse, Dawn Penn, Johnny Osbourne. Si j’arrive à faire tout cela cette année, et bien… Logiquement je continue l’année prochaine.

Finissons par un sujet plus technique. La construction physique de son propre système son est une tradition dans la culture reggae, retrouve-t-on cela chez Cultural Warriors ?

En effet, en tant que premier reggae sound-system suisse, avec sa propre sono au style UK (pré-amplis. sirènes, basse), la culture du sound-system a toujours fait partie de notre tradition. C’est quand même un must ultime, à chaque fois que tu joues, que le son soit puissant et exactement comme tu l’aimes, c’est pour cela que j’ai toujours mon sound que j’utilise à chaque dubclub. Notre sound-système aussi a pris un bon coup de vieux, comme pour tout le reste, ça a énormément évolué. Je viens de changer mes membranes basse. Il y a six ans, on avait acheté des Eminence 600w, pour l’époque, c’était le best. De nos jours, pour le même prix, il en existe des 1200W, le double. Incroyable ! Les sonos deviennent vraiment très très puissantes, parfois même trop fortes à mon goût.

Parlez-nous de votre set-up pour la production, les machines qui n’ont jamais quitté votre studio, vos instruments fétiches.

En gros, la seule pièce qui me reste c’est mon Allen & Heath Gsl3 24 pistes, c’est mon objet fétiche. Cela dit, je cherche à la vendre car son temps est révolu. Certaines pistes commencent à grincer. Hé oui… Il est vraiment temps que je la change. Sinon, samplers, synthés, compresseurs, tous ça a déjà disparu. J’utilise Logic Audio et parfois Reason, j’y ajoute également de vrais musiciens en live pour la guitare, les cuivres et la basse, parfois. Sinon, je continue à mixer live avec mes effets delay et reverb en auxiliaire mais j’utilise aussi les automations pour me simplifier le travail.

Track list:
1. dennis brown – bloody city
2. yami bolo – jah is my guide + dub
3. it a go dread ina babylon + dub
4. prince fari – tell me why
5. augustus pablo – jah light
6. linval thompson – river jordan
7. mighty trees – rasta business
8. gregory isaac – tribute to wade
9. devon iron – when jah jah come + dub
10. jackie mittoo – mash down babylon
11. earl zero – and god say to man
12. living anti easy – female voicing
13. garnet silk – complain
14. jah mason & neckod – ruff time + dub
15. sandeeno – give jah praise – cw remix
16. murray man tell me what a gwan – cw remix + dub
17. earl zero – storm – jacin remix
18. noble society – living the life + dub cw remix
19.necko rise up – try fe stop we – version
20. vibronics – king salomon seal
21. haspar – meteor dub
22. disciples – guiding light
23. cultural wariors – 25th all stars dub
24. ackboo – zulu dub
25. artikal – one away dub
26. artikal – tsunami
27. cultural warriors – jah vibes
28. natural steppas – tech style

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