RC 16

Chef de file de la movida lausannoise depuis bien trop longtemps, bourreau des cœurs invétéré et disc-jockey ambianceur, Dan, sur un coup de tête planifié, s’exile. Bien décidé à conquérir de nouveaux horizons, notre globetrotteur favori part à la conquête des dancefloors thaïlandais, vietnamiens puis américains afin de percer le secret ancestral du groove sensuel.

RC 16 — Dan BiMong by Rhythm Cycles

RC: Après des longues et fastidieuses négociations, te voilà enfin sur Rhythm Cycles, raconte nous un peu ta démarche pour ce podcast. Où l’as-tu enregistré? Quelles ont été tes envies?

DB: Il y a une année… l’idée de départ était de faire un mix avec Fred Hagen (34m2, la Dépendance). On s’est donc vu à plusieurs reprises et on a essayé d’enregistrer un mix mais sans succès. Je crois que lui et moi on a un peu le même problème quand il s’agit d’enregistrer un mix, il y a toujours un truc qui foire. D’ailleurs il suffit de constater… vous avez déjà vu un mix de Fred sur Internet? On a fini par laisser tomber et tu es revenu vers moi afin que vous fasse un mix en solo. Je l’ai enregistré en arrivant à Oakland début mars. Ici c’est rap à fond! d’où le choix de la première track. Pour le reste, j’avais vraiment envie de faire quelque chose de « slow motion » aux sonorités disco. J’ai toujours beaucoup aimé les morceaux aux bpm assez lent.

On connait ton passé avec les Digital Natives, David Lamon aka Monoplage nous en a un peu parlé à l’occasion de notre 3ème podcast. Raconte-nous ton souvenir le plus mémorable, et en général l’héritage acquis grâce suite à cette aventure.

A vrai dire, il y en a beaucoup des souvenirs mémorables avec David, Yan et Florent. On est des potes de longue date et durant les 4 ans où nous avons joué sous le nom de Digital Natives, je dois dire qu’on s’est bien poilé! Mais ce qui me vient à l’esprit c’est tout d’abord les fêtes que nous organisions tout au début dans la cave du Standard à Lausanne en 2007. C’était à chaque fois très intense à tous les niveaux, tu dois d’ailleurs t’en souvenir! Une belle série de fêtes qui se terminaient toujours dans un appartement, souvent le mien d’ailleurs… Je tiens d’ailleurs à remercier au passage Bogdan et Jean-Ephrem du Standard pour ces moment inoubliables. Il y a aussi le festival genevois Electron en 2008. C’était la première fois que nous jouions sur une grande scène et dès lors ça a été un enchaînement de dates dans les clubs et festivals de Suisse Romande. Ca nous a appris beaucoup de choses sur les différentes manières de jouer en fonction de la salle, du public et des différents soundsystems. Ces 4 années m’ont aussi permis de réaliser une chose essentielle. Pour moi ce qu’il y a de plus important en tant que DJ c’est l’énergie que tu as à partager avec le public lorsque tu joues. C’est complètement métaphysique, mais si tu ne mets pas toute ton énergie lorsque tu joues et si tu n’es pas attentif à une forme d’interaction avec le public, tu as beau être le meilleur techniquement ou stylistiquement, pour moi il manquera cette chose primordiale qui fait qu’un set est réussi ou non.

Fervent défenseur du n’importe où, n’importe quand mais pas n’importe comment, l’improvisation tu connais et ta réputation n’est plus à faire de part nos contrée! Quelles sont les ingrédients nécessaire au bon déroulement de la recette Bi Mong?

La recette Bi Mong? Bonne question, aucune idée! En même temps, je ne pense pas être le seul à détenir cette recette. Mais comme je le disais tout-à-l’heure, c’est à nouveau pour moi une question d’énergie. En ce qui me concerne, j’ai toujours aimé organiser des fêtes. J’éprouve autant de plaisir en tant qu’organisateur qu’en tant que DJ. Le tout est d’avoir envie de faire plaisir aux autres. Ensuite, il faut être entouré de gens qui soient tout aussi motivés que toi et prêt à mettre la main à la pâte. Même si l’idée venait souvent de moi, les gens qui m’entourent ont été d’une aide précieuse et tu y es aussi pour beaucoup Guillaume. Il y a aussi la sono magique du 34m2 qui a participé à la réussite de ces fêtes. Mais si tu veux que je te donne une liste de quelques ingrédients, en voilà: une belle esplanade devant une cathédrale avec une vue sublime sur le lac et les montagnes ça aide déjà beaucoup. Une bande de gens atteignables à toute heure qui soient toujours prêt à s’amuser. Être mobile. Pour le reste, c’est du traditionnel. Une sono décente, des boissons fraîches, du sel et du poivre, le tout 20 minutes au four et c’est parti! N’oubliez surtout pas de n’utiliser que des produits de saison, c’est très important.

Venons-en au présent et à l’avenir! Tu as beaucoup voyagé ces derniers temps, en Thailand notamment où tu as joué, explique un peu comment ça se passe là-bas! Désormais tu vis à San Francisco, tu m’as parlé d’un projet culturel qui t’es cher au Vietnam, tu nous expliques?

Etant à moitié vietnamien, ça fait un moment que j’ai le projet d’aller passer un peu de temps dans mon second pays d’origine. Je me suis toujours dit que si j’y allais un jour, ce serait avec un projet en tête. J’ai eu l’occasion d’y aller à plusieurs reprises ces dernières années et aussi d’y jouer. Je dois dire en passant qu’à chaque fois c’était bien la fête. Lors d’une de mes visites, j’ai rencontré Linh Phan, une réalisatrice canado-vietnamienne qui organise aussi des soirées à Saigon. On s’est très vite bien entendu et c’est aussi grâce à elle que j’ai eu l’occasion de venir y jouer. On s’est parlé des différents projets qui nous tenaient à coeur et il s’est révélé que nous en avions un en commun: tenter d’ouvrir un centre culturel à Saigon. En 2-3 mots, l’idée est de pouvoir proposer un espace de création modulable pouvant accueillir autant des événements musicaux que des expositions, en proposant à des artistes vietnamiens de travailler en collaboration avec des artistes étrangers sur des projets communs. Maintenant si tu veux savoir pourquoi je suis actuellement à Oakland, c’est simplement que Kelsey, ma partenaire dans la vie, mais aussi pour ce projet de centre culturel, termine ses études au mois de mai au San Francisco Art Institute. Je suis venu pour la retrouver. J’ai aussi une grande partie de ma famille habite ici. Début juin, on met le cap sur le Vietnam. Pour finir de répondre à ta question, j’ai effectivement passé 6 mois à Bangkok avant de venir en Californie.

Deux de mes meilleurs amis habitent là-bas depuis plus de 6 ans, ils ont fondé une marque de skateboards qui s’appelle Preduce (www.preduce.com). J’avais toujours eu envie d’aller les rejoindre pour passer du temps avec eu. L’un d’eux et son épouse sont aussi DJ. Ils ont des résidences dans plusieurs bars et clubs à Bangkok. Par ce biais, j’ai eu la chance d’être introduit rapidement et de pouvoir jouer régulièrement ici et là. Bangkok est immense et la vie nocturne intense. Cela dit, pour une ville de presque 18 millions d’habitants, l’offre est assez limitée car les clubs se ressemblent beaucoup. Grosso modo, il y a: une scène clubbing vraiment thaï avec de la musique dance locale et internationale, des clubs qu’on qualifiera de généraliste comme tu peux en trouver partout dans le monde, environ 5 clubs qui font les DJ headliners internationaux habituels et il reste une poignée d’endroits plus petits qui proposent des événements plus underground. J’ai eu l’occasion de passer d’excellents moments grâce à Maft Sai de Zudrangma Records qui organise des soirées mensuelles de thaï funk/Luk Thung/Molam. Sublime. Il y a aussi Hiroo Oyama et Masa Niwayama, deux japonais de Hokkaido expatriés à Bangkok qui ont leurs soirées « Giant Swing » tous les mois avec de la musique électronique du nord du Japon. De grands collectionneurs de vinyls, passionnés de musique électronique deep et déviante. Ce ne sont bien entendu pas les seuls à faire vivre des soirées plus alternatives à Bangkok mais c’est les gens dont je me sens le plus proche, et finalement, la scène n’est pas si grande que cela et je dois dire que j’apprécie ce côté familial où tous le monde se connaît assez bien.

Naufragé sur une île déserte , tu as pu sauver 3 disques in extremis, lesquelles?

Le disque d’installation de mac OSX, un frisbee et un CD vierge, au cas où. De toute façon je n’ai que du numérique pour la musique, tu le sais bien. Et honnêtement, si je devais vraiment ne sauver que 3 disques, je crois que je préférerais n’en sauver aucun car je deviendrais fou à force de les écouter en boucle. Le bruit de la mer, c’est répétitif, mais ça ne lasse pas!

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